Dès mon éveil, un tourbillon de sensations m’entraîne dans des espaces où ma conscience se perd. La peur, la joie, naissent et meurent, constamment renouvelées par les couleurs où je crois lire des vérités muettes qui me disent l’état du monde, et mon état dans le monde.

Alors je peins, pour témoigner de mon énigmatique voyage.

Depuis 1991, je me suis consacré au travail du pastel sur les thèmes suivants :

Suite au décès d’un très cher ami, j ’ai regardé les Lumières des cendres et essayé par le pastel de partager l’émotion que cette lumière me révélait. Ce regard s’est imposé, il s’agissait pour moi de restituer les dernières énergies de chaleur et de lumière laissées par le disparu. Au fil du temps, je me suis retrouvé face à un vide qu’il ne s’agissait pas de combler ni de fuir, mais au contraire d’apprivoiser et de comprendre. Le travail du pastel par sa nature, la superposition des couches de couleurs m’a permis d’avancer et de mieux ressentir et découvrir ce long processus de séparation.

Le thème Lumières des cendres s’est achevé pour faire place à la nouvelle étape qui s’annonçait et que je traduisis par l’Oeuvre de terre. Elle a symbolisé la présence , vivante, laissée en moi, des êtres disparus. Avec le temps, cette présence s’est transformée progressivement dans ma mémoire et a révélé ainsi une partie de moi-même jusqu’ alors peu connue. L’œuvre de terre serait la partie secrète et invisible d’ une énergie disparue, mais présente, en nous, vivante comme un terreau fertile à la mémoire et à nos sentiments.

Les Sentiments de contemplation ont été le retour à un état plus serein. Un lent travail de reconstruction par la contemplation m’a permis de mieux me connaître, me rencontrer , de mieux vivre avec mes sentiments, mes sensations et ainsi ressentir la nécessité de partager avec d’autres, la beauté du monde…

Après avoir répandu les cendres de mes parents, j’ai été particulièrement fragile devant l’énigme que représente notre existence, notre passage sur terre. La naissance, l’ arrivée au monde et le départ, notre disparition et le retour aux éléments dits de la « grande nature » m’interrogent constamment. Je ressens des sensations très profondes . Cette énergie là me donne l’espoir par la peinture de mieux cerner l’ énigme qui nous questionne depuis toujours… la vie.

Aujourd’hui, je tente de mettre en image ce que la nature éveille en moi; comme une sorte de vibration…

Les croquis deviennent « Crokï », une expression dessinée proche de la pratique de l’Aïkido où l’énergie du mouvement part du ventre et progresse jusqu’au bout de la main pour se révéler dans le dessin.

 

Philippe Monod est né à la Chaux-de-Fonds en 1954, de père suisse et de mère corse.